FRANZ FANON : L’HOMME DERRIÈRE LA RÉVOLUTION IRANIENNE

Franz Fanon : l’homme derrière la révolution iranienne de 1979.

FRANZ FANON : L’HOMME DERRIÈRE LA RÉVOLUTION IRANIENNE

® Le lien de la diaspora africaine que l’Iran ne vous a jamais révélé

Source : Black Culture Diary https://www.youtube.com/@BlackCultureDiary , 30 avril 2026.

Extrait (traduit par BibiCabaya) :

Un mot retentit dans les rues de Téhéran en 1979. Peint sur les murs et scandé par les foules, il constituait le vocabulaire fondamental de l’une des plus puissantes révolutions du XXè siècle. Ce mot est mustazafin et signifie les opprimés, mes démunis, les damnés de la terre…

Et voici ce que presque personne ne sait. Ce mot et surtout cette expression spécifique, les damnées de la terre, ne proviennent pas du Coran. Ils ne viennent pas d’un philosophe iranien ni de l’Ayatollah Khomeini. Ils viennent de l’œuvre d’un homme noir, originaire de la Martinique, qui n’a jamais mis le pied en Iran et qui mourut 18 ans avant la révolution qu’il a contribué à déclencher. Son nom est Franz Fanon. Il est le commencement de cette histoire.

[SEGMENT 01 – L’AFRIQUE ÉTAIT DÉJÀ LÀ – les Afro-Iraniens – non traduit]

SEGMENT 02 – Franz Fanon et l’idéologie de la révolution de 1979

Franz Fanon naquit le 25 juillet 1925 à Fort-de-France, Martinique, d’une famille bourgeoise. Il fit ses études en France : il étudia la médecine et la psychiatrie à Lyon, et devint psychiatre et philosophe révolutionnaire. Il défendit les couleurs durant la Première Guerre mondiale, et arriva dans l’Algérie coloniale dans les années 50 où il devint le témoin direct de l’effet de la colonisation française sur les êtres humains, leur esprit, leur corps et leur perception d’eux-mêmes. Il rejoignit la révolution algérienne et devint la voie du FLN (Front de Libération National).

En 1961, l’année où il mourut de leucémie, il écrivit le livre qui lui survivrait et qui agiterait le monde entier : «Les damnés de la terre»… Cette même année où Fanon termina l’écriture de ce livre, un jeune iranien du nom de Ali Shariati, originaire de la ville de Mashhad d’où son père et lui furent les membres fondateurs d’un mouvement souterrain en soutien au leader nationaliste Mossadegh — l’homme que la CIA et le MI6 avaient renversé lors du coup d’État de 1953 — étudiait à la Sorbonne à Paris et s’entourait de penseurs anticolonialistes et de militants issus des colonies françaises. Il fit la rencontre de Jean-Paul Sartre et fut introduit aux ouvrages de Franz Fanon. Plus tard, il se décrivit comme le premier en Iran à avoir connu Fanon, à avoir traduit son œuvre, à avoir parlé de lui, et à avoir écrit et publié ses pensées. Que cette prétention spécifique fut ou non correcte, une recherche académique établit quelques nouvelles données dans l’interprétation de l’Histoire. Ce qui ne fait pas un doute est ce qui suit : Ali Shariati fut la figure principale ayant amené Franz Fanon à la conscience révolutionnaire iranienne en traduisant l’œuvre de ce dernier en farsi [NdT langue persane], en l’enseignant, en en faisant des conférences, et en construisant tout son projet intellectuel autour d’elle.

Et voici le moment où tout converge. Le livre de Franz Fanon est intitulé «Les damnés de la terre» (en anglais The Wretched of the Earth). Toutefois, lors de la traduction de cet ouvrage, Shariati fut confronté à un problème dans la mesure où le terme damnés n’avait aucun équivalent direct en langue farsi pouvant véhiculer le même poids politique et émotionnel… Shariati se tourna alors vers le Coran et y trouva le terme utilisé pour décrire les opprimés, les démunis, ceux qui sont écrasés par le pouvoir, et ce terme est mustazafin. Il l’utilisa dans sa traduction de Fanon, donnant ainsi voix à la philosophie anticoloniale d’un révolutionnaire noir martiniquais parlant le même langage que l’islam chiite, et utilisé plus tard par Khomeini. Répétons cela : utilisé par Khomeini.

Le langage révolutionnaire de la république islamique d’Iran, l’État actuel, fut en partie construit par un mot qu’Ali Shariati emprunta à Franz Fanon, un Noir de la Martinique qui mourut en 1961, n’ayant jamais mis le pied en Iran.

La révolution islamique d’Iran de 1979 eu lieu deux ans après la mort d’Ali Shariati en 1977, à l’âge de 44 ans sans qu’il pu être témoin de la révolution qu’il contribua à préparer intellectuellement. Toutefois, ses idées circulaient déjà partout ; ses conférences ayant été enregistrées et distribuées sous forme de cassettes audio à travers l’Iran, lorsque le Shah interdit ses prises de parole publiques. Et pendant la révolution elle-même, sur les murs de Téhéran, sur les affiches brandies par les révolutionnaires, les historiens documentèrent l’apparition du nom Franz Fanon, sa photographie, ainsi que l’expression «notre frère, Franz Fanon» — un homme, né dans les Caraïbes, qui mourut d’une leucémie à Washington DC avant la révolution, et dont le visage apparut sur les murs de Téhéran lors d’un des événements les plus marquants du XXè siècle… parce que la pensée noire et la résistance iranienne parlaient le même langage : celui de la colonisation et de la décolonisation, celui des puissants et des opprimés, celui de ceux à qui il avait été répété que leurs ressources, leurs terres, leurs corps, leurs âmes appartenaient tous à quelqu’un d’autre…

[L’extrait traduit s’arrête ici – la vidéo continue avec Malcolm X en SEGMENT 03]

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